le 22, rue basfroi

Compte-rendu de la Séance de concertation et d’échanges du 27 octobre 2011 à Paris Habitat

Objet : projet de réhabilitation du 22, rue Basfroi, Paris, 11e arrt

Étaient présents : Alix Héaume, rh + architectures, Hélène Schwoerer, Paris Habitat et moi-même Jean-François Cabestan, membre de la CVP, qui rédige ce compte-rendu. La réunion s’est déroulée au siège de Paris Habitat, 21 bis, rue Claude Bernard, de 17h30 à 19h30.

Présentation du projet

À la demande d’Hélène Schwoerer, Alix Héaume présente son projet, lauréat d’une consultation relative à une refonte des 20, 22 et 24 rue Basfroi, qui intègre la préservation de l’ancienne maison du XVIIe siècle. Le plan masse se fonde sur le respect des divisions foncières héritées du passé et sur une densification raisonnée de trois parcelles réunies. La nouvelle implantation des corps de logis tire son sens d’une lecture attentive de leur insertion dans leur environnement physique, au cas par cas.

L’attention se concentre ensuite sur la réhabilitation de l’ancienne maison, situé au milieu de la nouvelle entité foncière, qui présente d’intéressants éléments d’authenticité. La silhouette de l’édifice, ses caves, son escalier et ses planchers d’origines sont dignes d’être mis en valeur.

À l’extérieur, outre les consolidations qui s’imposent, et le maintien de la volumétrie en l’état, l’architecte des bâtiments de France Alain Terseur a recommandé qu’on pratique un enduit de finition au plâtre gros. En toiture, il y a eu consensus avec la DRAC sur le recours à la tuile parisienne plate, brun foncé. Pour les huit garde-corps, il demeure une hésitation entre des lames de verre ou un dispositif métallique, plus rudimentaire, mais aussi plus discret.

Le projet actuel prévoit des boutiques à rez-de-chaussée, en liaison avec les caves servant de dépôt. Au premier et au deuxième étage carré, il n’y aurait qu’un seul appartement de trois pièces. L’étage des combles accueillerait trois studios. Ce seraient cinq logements en tout. Le prix du mètre carré réhabilité fait l’objet d’une évocation rapide. Hélène Schwoerer le situe aux alentours de 2 500 € au m2. Vu l’état du bâtiment et le type de prestations qu’il nécessite, je pense qu’il en coûtera beaucoup plus.

Alix Héaume indique que le chantier des 20, 22 et 24, rue Basfroi devrait faire l’objet de deux lots et marchés séparés. L’un concernant les constructions neuves, l’autre, la réhabilitation de la maison ancienne. J’ai pour ma part prêché pour le recours aux compétences d’un ingénieur structure rompu à l’intervention sur le bâti ancien.

Diagnostic et solutions

La lecture des plans établis par l’agence rh + architectures montre que la nouvelle économie du bâtiment ne permet pas de sauvegarder l’authenticité de ses intérieurs. La répartition des logements et le recours à une isolation intérieure s’y opposent de façon manifeste. Le découpage de l’édifice en simplex engendre la nécessité de créer partout des faux-plafond, assumant le rôle de coupe-feu, d’isolation thermique et phonique et thermique. L’isolation intérieure engendre pour sa part un doublage de l’intégralité des élévations intérieures. Enfin, la création à chaque étage de portes palières de 90 cm de largeur entraîne des modifications structurelles graves, nécessitant une reprise délicate à mettre en oeuvre.

J’ai suggéré deux pistes de réflexion :

- Modifier la répartition des logements dans l’immeuble sans en diminuer le nombre, en privilégiant une division verticale de l’édifice. On pourrait prévoir trois studios au premier étage carré et deux duplex de part et d’autre du refend dans les étages supérieurs, l’un des deux incorporant la cage d’escalier principale à usage privatif. Outre que cette disposition engendrerait une diminution des parties communes favorable à la conservation des dispositions anciennes, elle permettrait simultanément une mise en valeur de tout le plancher haut du 2e étage, qu’il deviendrait possible de ne pas capoter et de mettre en valeur au bénéfice des usagers.

- Revoir le principe de l’isolation thermique du bâtiment actuellement prévue à l’intérieur. Dans l’état, celle-ci engendre une diminution importante de surface habitable ainsi que la perte de l’exploitation de l’inertie des murs, composante essentielle du confort thermique d’hiver comme d’été. Si cette isolation devait s’accompagner comme il est d’usage de la pose d’une barrière hygrométrique de type pare vapeur, on pourrait redouter les problèmes de condensation dans l’épaisseur des murs et les risques de pourrissement de l’about des solives dans leurs empochements (mérule). Sans compter que les doublages qu’engendre nécessairement cette isolation font perdre la qualité plastique des murs anciens, et de leurs faux aplombs, etc...

Or, il existe aujourd’hui divers types d’enduits couvrants isolants à pratiquer extérieurement. Je donne en annexe un inventaire de solutions et de produits qui sont actuellement étudiés dans le département de l’Isère, au climat rigoureux. Les performances qu’on obtiendrait grâce à l’utilisation de ces enduits pourraient être optimisées grâce à des compléments d’enduits isolants dans les intérieurs, qui permettent de jouer sur l’effusivité des parois et par conséquent, sur le confort thermique. Des apports énergétiques d’appoint tels que capteurs solaires pourraient optimiser l’adéquation de l’édifice aux normes du plan climat. Un ingénieur thermicien rompu à ce genre de réflexion pourrait adapter les données iséroises au contexte normatif parisien ainsi qu’au principe de l’application d’une dernière passe, au plâtre gros, recommandée par l’architecte des bâtiments de France.

Sensibles à ces arguments, Hélène Schwoerer a prié Alix Héaume d’étudier la possibilité d’une nouvelle répartition des cinq logements et m’a demandé des compléments d’information sur la mise en œuvre d’une isolation extérieure, d’où la pièce jointe à ce compte-rendu, qui ouvre des pistes.

Consécutive à l’émotion patrimoniale suscitée par la perspective de sa destruction, la décision du maire de Paris de sauvegarder le 22, rue Basfroi ne peut raisonnablement déboucher sur l’opération de façadisme telle qu’elle se profile. Au prix que coûtera le mètre carré de surface habitable, il serait indigne qu’un effort de conception ne puisse être déployé en direction d’une conservation d’une partie au moins des valeurs d’authenticité de l’édifice du XVIIe siècle. Il est du ressort de Paris Habitat de se donner les moyens de faire de cette réhabilitation d’une taille qui permet de réfléchir une opération emblématique, qui initie un réel processus de régénération sans doute un peu savante, mais surtout économique et durable du bâti ancien.

Paris, le 2 novembre 2011, JFC

P.J. : Annexe sur les enduits isolants, leur potentiel et leur application relative.